Mesurer la courbure sur l'eau : cinq campagnes, et celle qui manque
De Wallace en 1870 au lac Rainy en 2018, cinq campagnes de mesure sur l'eau entre 9,66 et 40 km — dont deux menées par des partisans du modèle plan. Aucune n'a mesuré l'exposant de la loi. Protocole pré-enregistré à trois mires, sept distances de 1 à 10 km.

Trois perches identiques plantées dans un étang, l'œil à hauteur de la première, une graduation à lire sur celle du milieu. Ce montage à 20 euros tranche une question à laquelle cinq campagnes menées entre 1870 et 2018 n'ont répondu qu'à moitié.
Avant de commencer
Cet article ne tranche rien. Il fait l'état des lieux des mesures réellement effectuées sur l'eau, et il en tire un protocole qui n'a jamais été exécuté. Quatre précisions honnêtes avant d'entrer dedans.
Si vous voulez la faire plutôt que la lire : le mode d'emploi complet — matériel, fabrication, protocole pas à pas — est dans Monter l'expérience des trois mires. Le présent article donne l'analyse ; celui-là donne les gestes.
Le niveau requis. Aucun. Tout ce qui suit se comprend avec le programme de seconde : une distance, une hauteur, une multiplication. Chaque passage technique est doublé d'un encadré « En clair ». Les termes nouveaux sont dans le glossaire.
Sur les sources. Les cinq campagnes recensées ici sont de classe C au sens de notre grille interne : rapportées par des résumés, sources primaires non consultées. Le réseau de travail a renvoyé une erreur 403 sur les six pages sources tentées le 2 août 2026. Elles sont listées en section 10 pour que vous les lisiez vous-même. Cet article sera corrigé si la lecture directe contredit un point.
Sur le camp des expérimentateurs. Deux des cinq campagnes ont été montées par des organisations ouvertement « Terre plate ». Une troisième repose sur un ouvrage construit par un électricien qui n'avait aucune idée du débat. Cette diversité est une bonne nouvelle : l'argument du financement ne discrimine rien ici, et il faut juger sur la méthode.
Sur ce que nous en faisons. Les prédictions du protocole de la section 09 sont figées dans un fichier public daté, content/reseau/protocole-cote-trois-mires.json, avant toute mesure. Elles ne seront pas recalculées après. Les trois issues possibles — plane, sphérique, non concluante — y sont écrites avec le même soin.
01Trois perches dans un étang
Commençons par la scène, le reste s'expliquera ensuite.
Vous êtes au bord d'un étang calme, sans marée. Vous plantez trois perches identiques de 4,00 m, mesurées non pas depuis le fond mais depuis la ligne d'eau. Appelons-les A, B et C. A et C sont éloignées d'une distance D ; B est exactement au milieu. La perche B porte une graduation en millimètres sur sa partie haute.
Vous montez à l'œilleton, au sommet exact de A. Vous visez le sommet exact de C. Et vous lisez le chiffre inscrit sur B, à l'endroit où votre ligne de visée croise sa graduation.
C'est tout. C'est toute l'expérience.
Trois perches identiques calées sur la ligne d'eau. Sur une surface plane, le sommet de B se pose exactement sur la droite A–C. Sur une sphère, il la dépasse d'une hauteur qu'on appelle la flècheFlècheHauteur dont le milieu d'un arc dépasse la corde qui joint ses extrémités. Sur une sphère de rayon R, une corde de longueur D donne une flèche f = D² / (8R) : 19,6 mm sur 1 km, 1 962 mm sur 10 km. C'est la grandeur mesurée par le montage à trois mires. Voir Mesurer la courbure sur l'eau.. La courbure est fortement exagérée sur ce schéma.
Ce que voit l'observateur, dans les deux cas. Le réticule est posé sur le sommet de C ; on lit la graduation de B à l'endroit où il la croise.
La raison pour laquelle ce montage vaut quelque chose tient en une phrase : c'est l'eau qui fait le nivellementNivellementMesure de différences d'altitude de proche en proche, par lectures successives sur deux mires encadrant un niveau. Le nivellement direct ne suppose aucune forme de Terre : il compare deux hauteurs voisines et rien d'autre. Précision courante : 2 mm par kilomètre de cheminement. Voir Par rapport à quoi mesure-t-on une altitude ?.. Trois repères calés sur la ligne d'eau sont à la même hauteur par construction — sans instrument, sans cheminement, sans carte, sans coordonnées, sans même une unité de longueur imposée. La seule chose que vous apportez est une ligne de visée, et une ligne de visée est droite.
La grandeur mesurée s'appelle la flèche, notée f :
f = (1 − k) × D² / (8 R)
D est la distance A–C, R le rayon du modèle testé, et k le coefficient de réfractionCoefficient de réfraction (k)Nombre sans unité mesurant de combien l'atmosphère incurve un rayon lumineux rasant. Au-dessus de l'eau il vaut environ 0,10 le jour, 0,13 en moyenne et 0,34 la nuit (Hirt et al., 2010) ; au-delà de 1 il y a mirage supérieur. Il agit par le facteur (1 − k) : il réduit l'effet observé d'un pourcentage, il ne l'annule pas. Voir Mesurer la courbure sur l'eau., dont on parlera en section 07. Ce qui se lit sur le terrain, c'est un nombre de millimètres. Pas un angle, pas une réduction de calcul, pas un système de coordonnées.
Une corde tendue entre deux poteaux passe en ligne droite. Si le sol entre les deux est bombé, un troisième poteau planté au milieu — de la même hauteur que les deux autres — dépassera la corde. Si le sol est plat, il l'affleurera pile. La flèche, c'est de combien il dépasse. L'eau sert uniquement à garantir que les trois poteaux font vraiment la même hauteur : impossible de tricher, l'eau se met d'elle-même au même niveau partout.
Le montage à trois mires est le seul dispositif de cette famille qui n'introduise aucun modèle de Terre en amont de la mesure. L'eau fournit l'égalité des hauteurs, la visée fournit la droite. Tout le reste est une lecture directe.
02Pourquoi il faut de la distance
Une question vient immédiatement : pourquoi ne pas simplement poser un niveau de chantier sur le sol et regarder s'il penche ?
Parce qu'un niveau à bulle est parfaitement fiable, et qu'il répond à une autre question. Il donne l'horizontale locale au dixième de millimètre près, et il la donne juste. Mais l'horizontale locale, c'est la perpendiculaire au fil à plomb de l'endroit où vous êtes. Déplacez l'instrument de dix mètres, recalez la bulle : elle se réoriente, et elle vous donne l'horizontale de ce nouvel endroit. Vous pourriez faire ainsi le tour complet de la Terre, la somme des dénivelésDéniveléDifférence d'altitude entre deux points. À ne pas confondre avec l'altitude elle-même, qui est un dénivelé compté depuis une origine conventionnelle. lus resterait nulle — et elle doit l'être, puisque vous revenez à votre point de départ.
À chaque station la bulle se recale : l'instrument épouse la surface. Ce qui a tourné, c'est la verticale locale — invisible tant qu'on ne prend pas de recul.
Il n'y a là aucun défaut de l'instrument. Un thermomètre est parfaitement fiable et ne dit rien du climat d'un continent : il mesure un endroit. C'est pareil ici.
La forme d'une surface est une propriété à grande échelle. Elle exige donc une mesure à grande échelle. C'est toute la logique du montage précédent : la ligne de visée A→C ne se recale pas en chemin, elle enjambe la distance d'un seul tenant. Et c'est pour cela que tout le reste de cet article parle en kilomètres, jamais en mètres.
Posez un niveau sur une orange : il indique « plat ». Déplacez-le d'un centimètre, il indique encore « plat ». L'orange est pourtant ronde. Le niveau n'est pas cassé — il regarde trop petit. Pour voir la rondeur, il faut une règle assez longue pour enjamber une bonne partie de l'orange d'un coup. Sur la Terre, cette règle mesure plusieurs kilomètres.
03Wallace, 1870 — le bon montage, une seule fois
Ce montage n'est pas neuf. Il a été exécuté il y a 156 ans, sur le canal Old Bedford, dans les Fens du Norfolk.
Alfred Russel Wallace (1823-1913) est un naturaliste britannique, co-découvreur de la sélection naturelle avec Darwin. Ce qui compte ici est plus terre à terre : avant d'être naturaliste, il a été arpenteur. Il sait manier une lunette et une mire. En 1870 il relève le pari de 500 livres lancé par John Hampden, éditeur religieux partisan du modèle plan.
Wallace place sa lunette sur le pont de Welney à 13 pieds 3 pouces (4,04 m) au-dessus de l'eau, une cible de même hauteur sur le pont d'Old Bedford à 6 miles (9,66 km), et un mât intermédiaire au milieu du canal, à hauteur identique. Trois points à la même hauteur, un point milieu, une visée en enfilade : exactement le montage de la section 01, à la distance que nous recommandons.
Le mât central est apparu au-dessus de la ligne joignant les deux extrémités. Wallace a gagné le pari — et passé les vingt années suivantes à être poursuivi en justice et diffamé par Hampden, ce qui lui a coûté bien plus que les 500 livres. L'épisode mérite d'être rappelé pour ce qu'il est : une querelle sordide autour d'une mesure de trente secondes.
Sa contribution méthodologique est ailleurs. En surélevant la visée à 4 m au lieu de la laisser au ras de l'eau comme Rowbotham en 1838, il sort la ligne de visée de la couche d'air instable qui colle à la surface. C'est la correction décisive, et c'est celle que reprend le protocole de la section 09.
Wallace 1870 : le montage correct, à la bonne distance, mais une observation unique, non répétée, non instrumentée, sur une seule distance. Décisive historiquement — insuffisante selon nos propres critères, qui exigent une série.
04Rainy Lake, 2018 — le meilleur protocole connu
La version moderne a été montée sur le lac Rainy, à la frontière du Minnesota et de l'Ontario, en avril 2018, sur 10 km de glace. Trois intervenants : George Hnatiuk, organisateur ; Jesse Kozlowski, géomètre professionnel, chargé des relevés GPS ; et « Soundly », à l'imagerie longue focale.
Ce qui rend cette campagne intéressante n'est pas son résultat, c'est son architecture. Deux rangées de cibles ont été posées le long des 10 km :
- les cibles Bedford, toutes à la même hauteur, 1,854 m au-dessus de la glace ;
- les cibles tangentes, à des hauteurs croissantes, calculées pour se retrouver toutes à hauteur d'œil d'un observateur placé à 3,912 m — en supposant R = 6 371 km et k = 0,17.
Chaque rangée est un piège, et les deux pièges fonctionnent en sens inverse. Sous le modèle plan, les cibles Bedford doivent toutes apparaître alignées à hauteur d'œil, et les tangentes doivent monter avec la distance. Sous le modèle sphérique, c'est exactement l'inverse : les Bedford s'enfoncent progressivement, les tangentes s'alignent. Un seul regard dans la lunette suffit à départager.
Imaginez deux rangées de piquets le long d'un lac gelé. La première rangée a tous les piquets de la même taille. La seconde a des piquets de plus en plus grands, taillés exprès pour que, SI la Terre est ronde, leurs sommets forment une ligne parfaitement droite devant votre œil. Résultat : si la Terre est ronde, la deuxième rangée s'aligne et la première descend. Si elle est plate, la première s'aligne et la deuxième monte. Il n'y a pas de troisième possibilité, et il n'y a rien à calculer — on regarde.
Résultat rapporté : depuis 1,85 m, les cibles Bedford apparaissent progressivement sous la ligne d'œil, la plus lointaine étant la plus basse ; depuis 3,91 m, les tangentes s'alignent. Accord avec le modèle sphérique, désaccord avec le modèle plan.
Nous rapportons ce résultat tel qu'il est publié. Ses deux limites, selon nos critères : les prédictions ne sont pas horodatées dans un dépôt public antérieur à la mesure, et il n'y a qu'une seule distance, donc aucune mesure de la loi.
Le design à deux rangées de Rainy Lake est le meilleur précédent méthodologique connu sur cette question : symétrique, avec les prédictions des deux modèles posées à l'avance, et une géométrie telle qu'un seul regard tranche. Il a été conçu avec la participation directe de partisans du modèle plan.
05FECORE, 2018 — la bonne distance, le mauvais instrument
La campagne la plus ambitieuse en distance a été montée par FECORE, une organisation ouvertement « Terre plate », avec Sándor Szekely et Mike Cavanaugh. Méthode dite Terrestrial Laser Targeting : un laser tiré au ras de l'eau, une cible sur la rive opposée. Sept observations, jusqu'à 40 km sur le lac Balaton en Hongrie, et 21,26 km sur le lac IJssel aux Pays-Bas — laser à 2,85 m, observé à 1,20 m.
Un succès a d'abord été annoncé en mars 2018. Les critiques qui ont suivi portent sur des points concrets, et elles méritent d'être rapportées sans complaisance parce qu'elles sont techniques et non idéologiques :
- le laser était mal calibré et pointait légèrement vers le bas au lieu d'être horizontal ;
- le faisceau divergeait assez pour que le point d'impact devienne impossible à localiser précisément à ces distances ;
- la campagne s'est déroulée sans théodolite, sans niveau automatique, sans mire graduée, sans trépied de géomètre — aucun instrument de topométrie normalisé ;
- aucune mire de lecture n'a été plantée aux points intermédiaires du rivage.
Un pointeur laser semble parfait pour ça : ça va tout droit. Le problème est qu'à vingt kilomètres, la tache lumineuse ne fait plus quelques millimètres mais plusieurs mètres de large — on ne sait plus où est le centre. Et il suffit que le laser soit incliné d'un centième de degré, ce qui ne se voit pas à l'œil, pour se tromper de 3,50 m à l'arrivée : la moitié de ce qu'on cherche à mesurer. Une mire graduée qu'on lit à la lunette n'a aucun de ces deux défauts.
C'est un échec instrumental, et il est instructif pour tout le monde. Il justifie à lui seul l'exclusion du laser dans le protocole de la section 09.
La leçon de FECORE 2018 vaut pour les deux camps : à ces distances, la limite n'est pas la courbure, c'est le calage de l'instrument. Une mire graduée lue par visée optique donne le millimètre ; un laser divergent ne donne rien.
06Lac Pontchartrain — 24 km de mires déjà installées
Le cas le plus intéressant est celui que personne n'a construit pour cette question.
Une ligne électrique haute tension traverse le lac Pontchartrain, en Louisiane, sur 24,27 km en ligne droite. Les pylônes sont identiques et de hauteur uniforme au-dessus de l'eau. C'est le montage de la section 01, à hauteur égale garantie, sur 24 km, installé et permanent — par un électricien qui n'avait aucun rapport avec le débat sur la forme de la Terre.
Les observations photographiques au téléobjectif, popularisées depuis juin 2017, montrent l'enfoncement progressif des pylônes lointains et un point de fuite situé au-dessus de la ligne d'horizon. Une modélisation numérique publique, refraction_render, a été écrite pour comparer les images aux prédictions sous réfraction variable.
Sa limite : c'est photographique et non métrique. Une photo montre un enfoncement ; elle ne donne pas un nombre de millimètres sur une graduation. Elle ne permet donc pas de tester la loi.
07La réfraction : ce que la géodésie en sait réellement
L'objection de réfraction est légitime, et il faut la chiffrer plutôt que l'agiter. La bonne source n'a rien à voir avec ce débat : elle vient de la géodésie instrumentale.
L'air chaud et l'air froid ne courbent pas la lumière de la même façon. Au-dessus d'un plan d'eau, l'air du bas n'a jamais tout à fait la même température que celui du haut — donc le rayon lumineux ne va pas parfaitement droit, il s'incurve un peu vers le bas. Résultat : on voit un peu plus loin que ce que la géométrie seule permettrait, et la bosse paraît un peu plus petite qu'elle n'est. Le coefficient k mesure l'ampleur de cet effet.
Hirt, Guillaume, Wisbar, Bürki et Sternberg (2010), dans le Journal of Geophysical Research: Atmospheres, ont mesuré des séries temporelles du coefficient de réfraction par angles verticaux réciproques simultanés, avec des théodolites vidéo, sur des lignes de 4 à 23 km, au-dessus de l'eau.
| Condition | Coefficient k | Effet sur la flèche |
|---|---|---|
| Journée, air stable | 0,10 | flèche réduite de 10 % |
| Valeur moyenne usuelle | 0,13 | flèche réduite de 13 % |
| Nuit | 0,34 | flèche réduite de 34 % |
| Mirage supérieur (rare) | > 1 | inversion du signe apparent |
Deux conclusions se lisent directement dans ces chiffres.
Première : la réfraction ne peut pas annuler la flèche. Même dans le cas nocturne le plus défavorable, k = 0,34, il reste 66 % du signal. À 10 km cela fait encore 1 295 mm là où le modèle plan prédit 0. Ce n'est pas un écart discutable.
Deuxième, et c'est la clé : la réfraction est une erreur multiplicative, pas additive. Elle agit par le facteur (1 − k) : elle rabote la flèche d'un certain pourcentage, le même à toutes les distances. Elle ne lui retire pas un nombre fixe de centimètres. Et l'étude de 2010 précise que les écarts sur les angles de réfraction restent sous 1 seconde d'arc indépendamment de la longueur de la ligne, de 4 à 23 km : k ne dérive donc pas systématiquement avec la distance.
La réfraction rend l'amplitude de la flèche incertaine à environ ± 15 % sur toute la plage. Elle ne l'annule jamais, et elle ne modifie pas la façon dont la flèche grandit avec la distance. C'est ce qui rend cette croissance mesurable alors que l'amplitude ne l'est pas proprement.
08Ce que personne n'a mesuré : la loi
Voilà le constat qui ressort de tout ce qui précède. Wallace mesure une flèche à 9,66 km. Rainy Lake mesure un alignement à 10 km. FECORE tire un laser à 40 km. Pontchartrain photographie 24 km. Chacun mesure une valeur à une distance. Personne ne mesure la loi.
Or c'est la loi qui tranche.
Doublez la distance, et la bosse devient quatre fois plus haute. Toujours. Triplez la distance, neuf fois plus haute. C'est ce rapport qui compte, pas la hauteur elle-même. L'air peut faire paraître la bosse 15 % plus petite — mais il ne peut pas transformer un « quatre fois » en « deux fois ». Voilà pourquoi on mesure à sept distances au lieu d'une seule : ce n'est pas pour être plus précis, c'est pour mesurer une chose que l'air ne sait pas imiter.
En représentation logarithmique — une échelle où chaque graduation multiplie par dix — le modèle sphérique devient une droite de pente exactement 2. La réfraction abaisse la droite sans la pencher. Le modèle plan reste plaqué sur zéro.
Portez la flèche mesurée en fonction de la distance, sur sept configurations, et lisez la pente :
- Modèle sphérique : 2,000. C'est ce que dit f = D²/8R : la flèche croît comme le carré de la distance.
- Modèle plan : aucune pente définie, flèche compatible avec zéro partout.
- Artefact de perspective, ou divergence optique : environ 1,0. Ces effets sont proportionnels à la distance, pas à son carré.
- Gradient thermique régulier le long de la visée : environ 1,0 également.
Une pente de 2 ne se confond avec aucune de ces alternatives. C'est le seul observable de cette famille qui soit robuste à l'objection de réfraction — et il l'est dans les deux sens : il empêche aussi d'invoquer la réfraction pour expliquer une flèche absente.
Aucune des cinq campagnes recensées n'a publié de courbe flèche-distance sur plusieurs configurations. C'est le seul angle réellement neuf sur cette question, et il ne demande ni budget ni autorisation particulière — trois perches et une plage de distances suffisent.
09La campagne pré-enregistrée
Les prédictions ci-dessous sont figées, datées et publiques dans le dépôt du site — fichier content/reseau/protocole-cote-trois-mires.json, version 1.1 du 2 août 2026 — avant toute mesure. Elles ne seront pas recalculées après réception d'un relevé ; toute modification resterait visible dans l'historique Git.
Montage : trois perches identiques de 4,00 m calées sur la ligne d'eau, B au milieu exact de A–C, la perche B graduée au millimètre. Œil au sommet de A, visée sur le sommet de C, lecture sur la graduation de B.
| D (A–C) | Plan | Sphère (géométrique) | Sphère k = 0,10 | Sphère k = 0,34 | Lecture sur B (k = 0,13) | Garde d'eau au milieu |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 km | 0 mm | 19.6 mm | 17.7 mm | 12.9 mm | 3.983 m | 3.98 m |
| 1.5 km | 0 mm | 44.1 mm | 39.7 mm | 29.1 mm | 3.962 m | 3.96 m |
| 2 km | 0 mm | 78.5 mm | 70.6 mm | 51.8 mm | 3.932 m | 3.92 m |
| 3 km | 0 mm | 176.6 mm | 158.9 mm | 116.5 mm | 3.846 m | 3.82 m |
| 5 km | 0 mm | 490.5 mm | 441.4 mm | 323.7 mm | 3.573 m | 3.51 m |
| 7 km | 0 mm | 961.4 mm | 865.2 mm | 634.5 mm | 3.164 m | 3.04 m |
| 10 km | 0 mm | 1962.0 mm | 1765.8 mm | 1294.9 mm | 2.293 m | 2.04 m |
La colonne « Plan » vaut 4,000 m à chaque ligne : si la surface est plane, la lecture ne bouge jamais, quelle que soit la distance. Les autres colonnes disent de combien la lecture devrait descendre si la surface est courbe — de 2 cm à 1 km, jusqu'à près de 2 m à 10 km. Ce sont deux prédictions qui ne se ressemblent en rien, et il suffit de lire un chiffre sur une règle pour savoir laquelle est bonne.
Trois choses à noter dans ce tableau.
La colonne « plan » vaut 4,000 m à chaque ligne. La colonne « k = 0,34 » donne le cas de réfraction le plus défavorable : même là, l'écart entre les deux modèles va de 13 mm à 1 295 mm. Et la garde d'eau — la hauteur à laquelle la visée passe au-dessus de l'eau au point milieu — reste supérieure à 2 m à 10 km, ce qui veut dire qu'une seule hauteur de perche, 4,00 m, couvre toute la série. C'est ce qui rend les sept configurations comparables entre elles, et donc ce qui permet de mesurer la pente de la section 08.
La pièce qui décide de tout
Le budget d'erreur du dispositif a corrigé le protocole en cours de rédaction, et il faut le raconter parce que c'est le genre de détail qui fait échouer une campagne.
La première version tolérait un clapot de 10 cm. Le calcul montre que la lecture de la ligne d'eau écrasait alors tout le reste : rapport signal sur bruit de 0,3 à 1 km, et jamais au-delà de 8 même à 10 km. La campagne n'aurait rien conclu du tout.
La correction coûte une quinzaine d'euros. C'est un puits de tranquillisation : un simple tube plongeur percé de trous fins en partie basse, solidaire de chaque perche. Il amortit le clapot et fait passer la lecture de la ligne d'eau de 100 mm à 5 mm. C'est la technique des marégraphesMarégrapheAppareil enregistrant en continu la hauteur de la mer. Celui de Marseille, installé à l'anse Calvo entre 1883 et 1884, définit le zéro des altitudes françaises à partir de la moyenne observée sur 1885-1896. Voir Par rapport à quoi mesure-t-on une altitude ?. depuis le XIXe siècle.
Sa fabrication, sa coupe détaillée et le reste du mode d'emploi — matériel, montage, feuille de relevé — sont dans l'article compagnon : Monter l'expérience des trois mires.
| Distance | Flèche attendue | σ sans puits | S/B | σ avec puits, dix séances | S/B |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 km | 19,6 mm | 70,9 mm | 0,3 | 1,88 mm | 10,5 |
| 3 km | 176,6 mm | 74,8 mm | 2,4 | 7,77 mm | 22,7 |
| 10 km | 1 962 mm | 249,0 mm | 7,9 | 75,51 mm | 26,0 |
Trois postes se comportent différemment, et c'est instructif. La précision de pointé croît comme la distance pendant que la flèche croît comme son carré : le rapport s'améliore donc tout seul quand on s'éloigne. La lecture de la ligne d'eau est constante, et c'est elle qui condamnait la version sans puits. La réfraction domine au-delà de 3 km et reste irréductible — d'où le choix de mesurer la pente plutôt que l'amplitude.
Le pouvoir de discrimination
C'est le chiffre qui justifie la campagne. Incertitude sur la pente de la droite, selon le nombre de séances :
| Séances par distance | σ sur la pente | Sépare 2,000 de 1,000 | Sépare 2,000 de 0 (modèle plan) |
|---|---|---|---|
| 1 | 0,087 | 11,6 σ | 23,1 σ |
| 5 | 0,039 | 25,8 σ | 51,7 σ |
| 10 | 0,027 | 36,5 σ | 73,1 σ |
| 20 | 0,019 | 51,7 σ | 103,3 σ |
Règles de rejet, écrites avant les séances
Chaque perche est équipée de son puits de tranquillisation — c'est une obligation, pas un confort. Une séance est ensuite écartée si les trois lectures s'écartent de plus de 20 % de leur médiane, si un mirage est visible, si le vent dépasse 8 m/s, si les trois lectures de ligne d'eau d'une même station s'écartent de plus de 10 mm, si l'écart de température air-eau dépasse 5 K, ou si une perche s'écarte de la verticale de plus de 1 cm sur 4 m. Toute séance rejetée sera publiée avec sa lecture brute et le motif du rejet.
Dix séances retenues minimum par configuration, réparties sur cinq journées distinctes au moins, matin et après-midi obligatoirement représentés. Cette exigence n'est pas un excès de prudence : la réduction du bruit de réfraction en 1/√n n'est légitime que si les séances échantillonnent des états atmosphériques indépendants. Dix séances faites le même jour ne valent pas dix séances.
Règle de décision, écrite avant les séances
Issue 1 — surface plane. Si la flèche reste indiscernable de zéro sur les sept configurations, en particulier si elle reste sous 600 mm à 10 km, la surface des eaux est plane sur cette plage et c'est ce qui sera publié, sans atténuation.
Issue 2 — surface courbe. Si la pente vaut 2,00 à 0,10 près et que le rayon déduit tombe à 25 % près autour de 6 371 km après correction de k, la courbure est établie sur cette plage.
Issue 3 — non concluant. Pente entre 1,2 et 1,8, ou dispersion entre séances supérieure à 40 % : la campagne est déclarée non concluante et publiée comme telle. Un résultat non concluant n'est pas un échec ; c'est ce qui manque le plus dans ce dossier.
Sites retenus
| Site | Longueur utile | Profondeur moyenne | Avantage | Contrainte |
|---|---|---|---|---|
| Étang de Vaccarès (Camargue) | 13 km | 1,5 m | Assez peu profond pour planter les perches à pied ou en barque plate sur toute la ligne | Réserve naturelle — autorisation du Parc naturel régional |
| Étang de Thau (Sète–Marseillan) | 19 km | 4,5 m | Permet d'aller au-delà de 10 km | Tables conchylicoles, trafic |
| Étang de Berre | 15 km | 6,0 m | Accès routier sur tout le pourtour | Mistral fréquent |
| Étang de Leucate-Salses | 14 km | 2,0 m | Peu profond, rives accessibles | Tramontane |
| Baie de Somme à marée basse | 15 km | estran | Sable dur nivelé par la mer elle-même ; on y marche et on y plante des piquets | La ligne d'eau bouge pendant la séance |
Vaccarès en premier, Thau en repli, puis reprise d'une configuration complète sur un site de latitude et d'orientation différentes.
Engagements
Carnet brut intégral publié, séances rejetées comprises. Résultat publié quel qu'il soit, y compris l'issue 1 et l'issue 3. Prédictions non recalculées. Données sous licence ouverte. Historique Git public.
Un protocole qui ne peut pas donner tort à celui qui le tient ne vaut rien. Les trois issues sont écrites avec le même soin, et l'issue plane est formulée en premier.
10Sources
- Hirt, C., Guillaume, S., Wisbar, A., Bürki, B., Sternberg, H. (2010). « Monitoring of the refraction coefficient in the lower atmosphere using a controlled setup of simultaneous reciprocal vertical angle measurements ». Journal of Geophysical Research: Atmospheres, 115, D21102. doi:10.1029/2010JD014067.
- Wallace, A. R. (1905). My Life: A Record of Events and Opinions, vol. II, chapitre consacré au Bedford LevelBedford Level (1838)Première expérience documentée de mesure de courbure sur 9,66 km. Canal rectiligne, Cambridgeshire. Résultat : pas de courbure mesurée. Voir L'eau ne ment pas.. Londres, Chapman & Hall. Récit de première main du pari Hampden de 1870.
- Bislins, W. « Proof of Earth Curvature: The Rainy Lake Experiment » — description du dispositif, hauteurs de cibles, prédictions et observations. Consulté le 2 août 2026. walter.bislins.ch.
- Bislins, W. « Rainy Lake Experiment: Predictions and Observations » et « Rainy Lake Experiment: Targets ». Consulté le 2 août 2026.
- Szekely, S., Cavanaugh, M. (2018). Laser Level Experiments Measuring Curvature Over Water Surface — Terrestrial Laser Targeting (TLT) Method. FECORE Inc. Document de campagne, lacs Balaton et IJssel.
- Metabunk, fil « Flat Earth Claim: The Greatest Laser Experiment In History — FECORE » (2018) : relevé détaillé des défauts de calibration et d'instrumentation de la campagne du Balaton.
- Metabunk, fil « Soundly Proving the Curvature of the Earth at Lake Pontchartrain » (2017) : série photographique et paramètres de prise de vue sur les 24,27 km de la ligne haute tension.
- Documentation
refraction_render, exemple « Lake Pontchartrain Pylons » : modélisation numérique des images sous réfraction variable. - Rowbotham, S. B. (1865). Zetetic Astronomy: Earth Not a Globe. Expérience fondatrice de 1838 sur le canal Old Bedford, visée au ras de l'eau — le défaut de méthode que Wallace corrige en 1870.
- Institut national de l'information géographique et forestière (IGN). Réseau de nivellement général de la France (NGF-IGN69) — documentation du réseau et de ses tolérances de fermeture.
- Dépôt du site,
content/reseau/protocole-cote-trois-mires.jsonv1.1, 2 août 2026 : pré-enregistrement des prédictions, budget d'erreur, règles de rejet et règle de décision. Généré parscripts/generer-protocole-cote.py. - Dépôt du site,
content/reseau/mesures-brutes.json: grille de classement A/B/C/D des sources et grille d'acceptation à six contrôles appliquée dans cet article. - Article lié : Par rapport à quoi mesure-t-on une altitude ? — pourquoi le nivellement direct répond à une autre question que celle de la forme.
- Article lié : Monter l'expérience des trois mires — le mode d'emploi : matériel, fabrication du puits, protocole et feuille de relevé.
- Article lié : L'eau ne ment pas — le canal Old Bedford, les Grands Lacs et l'ingénierie sans courbure.