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11 320 mesures sous le ciel : L'épreuve de la trigonométrie plane

Une méthode inédite utilise les occultations stellaires et les éclipses solaires pour tester la géométrie de la Terre. 11 320 points de données. Résultat : la trigonométrie plane fonctionne parfaitement — la correction...

Terre Etendue | 29 avril 2026 |

Une méthode inédite utilise les occultations stellaires et les éclipses solaires pour tester la géométrie de la Terre. 11 320 points de données. Résultat : la trigonométrie plane fonctionne parfaitement — la correction de courbure n'est jamais nécessaire.

01Ptolémée, la navigation céleste et le modèle à deux sphères

Ptolémée, dans sa Cosmographia, explique que l'horizon de chaque observateur peut être imaginé comme un plan tangent à la sphère céleste, divisant le ciel en deux moitiés : l'hémisphère visible au-dessus et l'hémisphère caché en dessous. La navigation céleste moderne utilise toujours ce modèle — les positions apparentes des astres (là où on les voit dans le ciel, après déformation par l'atmosphère), pas leurs positions réelles.

« Un observateur regardant le ciel nocturne sans rien savoir de la géographie et de l'astronomie pourrait spontanément avoir l'impression de se trouver sur un plan situé au centre d'une immense sphère creuse avec les corps célestes attachés à sa surface intérieure. Ce modèle naïf de l'univers était en usage depuis des millénaires. Encore aujourd'hui, il est un outil utile pour la navigation céleste. » — Henning Umland, A Short Guide to Celestial Navigation (2015)

Un théodolite est l'instrument des géomètres et des marins : une lunette montée sur deux cercles gradués qui mesure très précisément l'angle d'un objet par rapport à l'horizon (sa hauteur) et par rapport au nord (son azimut). Le « théodolite céleste » applique cette idée au ciel. Il exploite cette observation d'une manière nouvelle : au lieu d'utiliser les positions apparentes (qui gardent le système cohérent quelle que soit la géométrie), il utilise les positions vraies des étoiles — créant ainsi un test externe du modèle.

En clair

Imaginez un examinateur qui connaît déjà la bonne réponse à un problème. Au lieu de croire l'élève sur parole (la position apparente, qui s'arrange toujours pour tomber juste), il compare son calcul avec la réponse notée dans le corrigé (la position vraie donnée par l'almanach). Si les deux coïncident sans « triche », la méthode est honnête. C'est ce que fait le théodolite céleste.

LE MODELE DES DEUX SPHERES (PTOLEMEE) sphere celeste (exterieure) Terre sphere terrestre (interieure) astre visee (hauteur apparente) La navigation n'utilise que la position apparente, identique sur un plan et sur une sphere.
Sphère terrestre intérieure et sphère céleste extérieure. La navigation utilise les positions apparentes — identiques sur un plan et sur une sphère.

02La méthode : comment fonctionne le théodolite céleste

Le protocole est simple :

Protocole en 4 étapes

1. Observer le moment exact où une étoile disparaît derrière un sommet montagneux. On appelle cela une occultation : un objet proche (le pic) passe devant un objet lointain (l'étoile) et le cache, comme un pouce tendu masque la Lune.

2. Consulter un almanach astronomique — le grand annuaire qui donne, seconde par seconde, la position exacte de chaque astre — pour connaître la position vraie de l'étoile à cet instant (coordonnées « J2000 », le repère céleste de référence, non corrigées pour la réfraction).

3. Former un triangle rectangle : base = base de la montagne, sommet = pic, observateur. Calculer l'angle géométrique vers le pic par trigonométrie simple : θ = arctan(ΔH / distance), où ΔH est la hauteur du pic au-dessus de l'observateur et « distance » la distance horizontale qui les sépare. (La fonction arctan traduit simplement un rapport « hauteur sur distance » en degrés d'angle.)

4. Comparer l'angle géométrique calculé avec l'angle almanach de l'étoile.

En clair

Au moment précis où l'étoile disparaît derrière le pic, la ligne « mon œil → sommet » et la ligne « mon œil → étoile » ne font qu'une. On dispose donc de deux façons de mesurer le même angle : l'une par la géométrie de la montagne (un simple triangle), l'autre par l'almanach. Si elles donnent le même chiffre, c'est que le triangle a été calculé avec la bonne forme de la Terre.

LE TRIANGLE DU THEODOLITE CELESTEHORIZON (surface plane)Observateurdistance dpic (DH)DHetoileoccultation : pic et etoile alignesθθ = arctan( DH / d ) — angle d'elevation

Au moment de l'occultation, l'angle vers le sommet (calcule par un simple triangle DH / distance) est aussi l'angle vers l'etoile. On compare ce chiffre a celui de l'almanach.

Le résultat empirique : l'angle physique vers le sommet de la montagne est identique à l'angle almanach vers l'étoile — alors qu'aucune correction de courbure terrestre n'a été appliquée dans le calcul. La plupart des observations sont faites à des distances (40-130 km) où la courbure devrait être significative.

Le test décisif : Quand on refait les calculs avec la « géométrie globe » (en tenant compte de la courbure), les nombres sont décalés — exactement de la quantité de courbure introduite. Pour retrouver le bon résultat, il faut invoquer la réfraction atmosphérique pour compenser exactement la courbure ajoutée. La géométrie plane donne le bon résultat directement. La géométrie globe doit ajouter puis soustraire la même quantité.

03Les occultations stellaires : 12 pics montagneux

À ce jour, des mesures de théodolite céleste ont été effectuées sur 12 sommets, à des distances allant de 8,8 km à 130,7 km :

PicDistance (m)ΔH pic (m)Angle d'occultation
Hound's Tooth8 8041 65610° 37′ 03″
Varley SE2 (Squamish)16 7261 4204° 47′ 09″
Old-Blyn Mountain22 0785921° 07′ 32″
Blodgett Peak35 9107961° 11′ 21″
Ediz-Blyn Mountain40 902
Cheyenne Mountain42 6308080° 37′ 00″
Mount Rosa47 7301 4331° 42′ 41″
Getaway Mountain48 9907520° 45′ 17″
Blue Mountain49 770
Pike's Peak50 7782 2262° 33′ 19″
Green Mountain52 690
North Peak130 7001 6920° 58′ 05″

Le résultat le plus distant — North Peak à 130,7 km — est particulièrement significatif. À cette distance, la courbure théorique cacherait ~1 340 m. L'angle calculé par trigonométrie plane correspond néanmoins exactement à la position vraie de l'étoile au moment de l'occultation. Aucune correction de courbure n'a été nécessaire.

CE QUE MONTRENT LES DONNÉES

Sur 12 sommets montagneux (8,8 à 130,7 km), l'angle calculé par trigonométrie plane correspond exactement à la position vraie de l'étoile. À 130,7 km, la courbure théorique cacherait 1 340 m — pourtant aucune correction n'est nécessaire.

04L'éclipse solaire d'avril 2024 : 6 770 points de données

Le 8 avril 2024, une éclipse solaire totale traverse les États-Unis du sud-ouest au nord-est. La totalité dure de 16h38 à 19h55 UTC, avec une durée maximale de 4 minutes 28 secondes pour un point donné. L'auteur de SpaceAudits applique la méthode du théodolite céleste à cette éclipse — étendant la distance d'observation de 130 km à 7 772 km (un facteur 60).

La découverte : Soleil et Lune sur des « sphères » différentes

En traçant l'angle d'altitude (la hauteur de l'astre au-dessus de l'horizon, de 0° à l'horizon à 90° au zénith) en fonction de la distance au sol pour le Soleil et la Lune séparément :

AstreTaux de descenteMilles nautiques/degréRayon de sphère céleste
Soleil−8,994 × 10⁻⁶ deg/m60,0386 370 773 m
Lune−9,131 × 10⁻⁶ deg/m59,1336 274 677 m

Le Soleil descend de 1° tous les 60,04 milles nautiques — exactement ce qu'on attend (un mille nautique vaut justement 1 minute d'angle, soit 1/60 de degré, sur un grand cercle — donc 60 milles nautiques par degré, par définition). Mais la Lune descend de 1° tous les 59,13 milles nautiques seulement. Elle se comporte comme si elle voyageait sur une sphère céleste plus petite que celle du Soleil — environ 96 km plus basse. Cette différence de 1,6% est inattendue dans le modèle standard et n'avait jamais été documentée avant cette analyse.

En clair

En se déplaçant sous la trajectoire de l'éclipse, on voit le Soleil et la Lune « descendre » dans le ciel. En mesurant à quelle vitesse chacun descend, on remonte à sa hauteur, comme on devine la hauteur d'un lampadaire en regardant comment son angle change quand on s'en éloigne. Surprise : la Lune semble accrochée un peu plus bas que le Soleil.

TRIANGULATION — 1 POINT PAR SECONDE Soleil Lune trajectoire de l'ombre — un point de mesure chaque seconde visee Soleil visee Lune angle mesure
Carte de totalité à travers les États-Unis : 6 770 points (un par seconde). Chaque point triangule — déduit une position inconnue à partir de deux visées connues — la hauteur du Soleil par rapport à la Lune.

Le calcul de la hauteur du Soleil

En utilisant les données NASA du trajet de l'ombre de l'éclipse (6 770 points à intervalles d'une seconde), l'auteur effectue le calcul suivant :

Méthode de calcul

1. Fixer la hauteur de la Lune à 6 274 677 m (dérivée de la section précédente).

2. Pour chaque point de données, calculer l'angle d'occultation par trigonométrie : θ = arctan(h_lune / d_lune).

3. Utiliser ce même angle pour calculer la hauteur du Soleil : h_soleil = d_soleil × tan(θ).

4. Répéter pour les 6 770 points de données.

Résultat :

Hauteur moyenne du Soleil : 6 374 896 m
Écart type : 6 203 m (0,1% de la valeur nominale)

Sur 6 770 points de données couvrant 112 minutes, des distances variant de 2 601 000 à 7 772 000 m (facteur 3), des altitudes variant de 70° à 19° (changement de 51°), et des azimuts balayant 140° — le résultat est remarquablement constant. Aucune correction de courbure terrestre n'a été appliquée.

05L'éclipse d'octobre 2023 : confirmation indépendante

La même technique appliquée à l'éclipse annulaire du 14 octobre 2023 donne :

ÉclipsePoints de donnéesHauteur moyenne du SoleilÉcart type
Avril 2024 (totale)6 7706 374 896 m6 203 m
Octobre 2023 (annulaire)4 5506 367 512 m7 506 m

Deux éclipses indépendantes, des mois différents, des trajectoires différentes, des conditions atmosphériques différentes — et des résultats cohérents à 0,1%. 11 320 points de données au total.

CE QUE MONTRENT LES DONNÉES

11 320 points de données issus de deux éclipses indépendantes produisent une hauteur du Soleil cohérente à 0,1% par trigonométrie plane, sans aucune correction de courbure.

06La hauteur du Soleil : ~6 375 km au-dessus d'une surface plane

Les deux éclipses convergent vers une hauteur du Soleil d'environ 6 370-6 375 km. Ce nombre est frappant : c'est aussi la valeur du rayon terrestre dans le modèle globe. Mais dans l'interprétation du théodolite céleste, ce n'est pas un rayon — c'est une hauteur physique au-dessus d'une surface plane.

MEMES DONNEES, DEUX GEOMETRIESLECTURE PLANEsurface planeS~6 375 km= valeur mesureeLECTURE GLOBEsurface courbeSoleil150 000 000 km(hors echelle)+ correction de courbure+ refraction qui l'annule

Les memes angles mesures se lisent de deux facons. La geometrie plane donne directement ~6 375 km. La geometrie du globe place le Soleil a 150 millions de km, au prix de corrections qui se compensent exactement.

La Lune, elle, se comporte comme si elle était à ~6 275 km — environ 100 km plus bas que le Soleil. Cette différence de hauteur est cohérente avec le fait que le Soleil et la Lune apparaissent de la même taille angulaire (~0,53°) bien qu'ils soient à des hauteurs différentes dans ce modèle : le Soleil est plus grand mais plus haut, la Lune est plus petite mais plus basse.

07Quand le modèle globe est appliqué : il échoue

La distance Lune : 274 500 km au lieu de 356 000-399 000 km

En appliquant le taux de descente angulaire de la Lune (88,7° de longitude pour atteindre 0°) au modèle globe, le calcul donne une distance Terre-Lune de 274 500 km. La valeur attendue est 356 900 km (périgée) à 399 100 km (apogée). Le résultat est en dehors de la fourchette attendue.

La hauteur du Soleil : triangle impossible

En tentant de calculer la hauteur du Soleil dans le modèle globe avec la distance minimale Terre-Lune (356 900 km), aucune solution n'est trouvée. La somme des angles intérieurs du triangle (centre de la Terre → observateur → Soleil) dépasse 180° — un triangle mathématiquement impossible.

En clair

Dans tout triangle plat, les trois angles font ensemble exactement 180°, ni plus ni moins. Quand on force les mêmes mesures dans le modèle du globe, la somme dépasse 180° : c'est un triangle qui ne peut pas exister, comme un objet dessiné par Escher. Le calcul refuse tout simplement de boucler.

Ce que cela signifie : La géométrie plane produit des résultats cohérents (σ = 0,1%) sur 11 320 points de données sans aucune correction. La géométrie globe produit soit des distances lunaires hors de la fourchette attendue, soit des triangles mathématiquement impossibles.
CE QUE MONTRENT LES DONNÉES

Le modèle globe appliqué aux mêmes données produit une distance lunaire de 274 500 km (hors fourchette 356 900–399 100 km) et un triangle solaire mathématiquement impossible (somme des angles > 180°).

L'auteur note que « la réfraction pourrait résoudre le problème en courbant le trajet de la lumière vers l'observateur, mais cela dépasse le cadre de cette étude ».

08La réfraction ne sauve rien

La réfraction est la déviation des rayons lumineux quand ils traversent des couches d'air de densité différente — le même effet qui fait paraître « brisée » une paille plongée dans un verre d'eau. Près de l'horizon, elle relève légèrement l'image des astres.

L'analyse du théodolite céleste produit un résultat secondaire important : la divergence entre la position physique calculée du Soleil/de la Lune et la position apparente observée (même dans Stellarium sans correction de réfraction). À la fin de la fenêtre d'observation, la position apparente de la Lune est à 20° d'altitude tandis que sa position physique calculée est à 40° — un écart de 20°.

Les modèles standards de réfraction astronomique sont basés sur des sphères concentriques stratifiées — des couches d'air homogènes empilées autour d'une Terre sphérique. L'analyse du théodolite montre que lorsqu'on applique la « géométrie globe » aux données, la réfraction nécessaire pour compenser la courbure est systématiquement égale au demi-angle central (γ/2) entre l'observateur et le pic — c'est-à-dire exactement la quantité de courbure ajoutée. La réfraction annule la courbure. Pourquoi ajouter un terme pour le soustraire immédiatement ? (Voir aussi L'horizon, la perspective et la réfraction.)

L'analyse des émergences (étoiles qui apparaissent de derrière un pic) contre les occultations (étoiles qui disparaissent) produit des exigences de réfraction contradictoires selon la direction. Si la réfraction était un véritable phénomène atmosphérique indépendant, elle ne devrait pas changer de comportement selon que l'étoile apparaît ou disparaît.

En clair

Pour sauver le modèle du globe, il faut ajouter une dose de réfraction… exactement égale à la courbure qu'on vient d'ajouter. C'est comme gonfler une note de 10 euros puis retirer 10 euros pour retomber sur le même total : si le résultat final est identique à celui qu'on obtenait sans rien ajouter, c'est que les deux corrections ne servaient qu'à s'annuler.

09Conclusion : la géométrie plane fonctionne, la géométrie globe échoue

ECART DES 11 320 MESURES AUX DEUX MODELES 12 sommets montagneux + 2 eclipses solaires ecart au modele proche de 0 modele PLAN grand modele SPHERIQUE Les mesures collent au plan (vert) ; le modele spherique exige des corrections croissantes (rouge).
Synthèse des 11 320 points de mesure (12 sommets + 2 éclipses) : chaque point est comparé au modèle plan (vert, écart proche de zéro) et au modèle sphérique (rouge, écart important).
Bilan quantitatif

11 320 points de données (6 770 + 4 550) provenant de 2 éclipses solaires

12 sommets montagneux (8,8 km à 130,7 km) pour les occultations stellaires

Hauteur du Soleil : 6 375 km (σ = 0,1%) par trigonométrie plane

Hauteur de la Lune : 6 275 km (100 km plus basse que le Soleil)

Aucune correction de courbure n'a été nécessaire — jamais

Le modèle globe produit : une distance lunaire hors fourchette (274 500 km vs 357-399 000 km) et un triangle impossible pour le Soleil

La méthode du théodolite céleste n'est pas une théorie — c'est un protocole de mesure reproductible. N'importe qui peut le reproduire avec un chronomètre, un almanach astronomique et une vue dégagée sur un sommet montagneux. Les données des éclipses sont publiées par la NASA. Les calculs sont documentés en Python et vérifiables. Le programme « Celestial Bounty » offre jusqu'à 200 $ par observation qualifiante pour encourager la reproduction indépendante.

Voir aussi : L’horizon et la réfraction · La Lune, le Soleil et les étoiles.

10Sources

  1. SpaceAudits / Llamazing (2025-2026). « Celestial Theodolite & Solar Eclipses ». Vault Obsidian Publish.
  2. NASA SVS (2024). « Total Solar Eclipse Path Data ». svs.gsfc.nasa.gov/5073. Fichier KML avec 6 770 points à 1 seconde d'intervalle.
  3. Ptolémée (~150 EC). Cosmographia. Trad. annotée : Princeton University Press, 2020.
  4. Umland, H. (2015). A Short Guide to Celestial Navigation.
  5. Heggie, D.C. (1982). Archaeoastronomy in the Old World. Cambridge University Press.
  6. Salmon, T. (1777). The New Universal Geographical Grammar.
  7. Copernic, N. (1543). De Revolutionibus Orbium Coelestium. « Que personne n'attende rien de certain de l'astronomie. »
  8. Module Python Astropy — calcul des positions célestes.
  9. Stellarium — planétarium open source pour vérification des positions apparentes.
  10. SpaceAudits (2026). « Celestial Bounty — Programme de récompense ». Jusqu'à 200 $ par observation qualifiante.